« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »

Voici une phrase de Nietzsche, souvent citée un peu trop facilement je trouve. Mais Amélie Nothomb apporte une distinction intéressante entre « épreuve » et « dégradation » dans son interview parue hier dans Le monde.

Extrait :

« – Vous citez souvent la phrase de Nietzsche, lui aussi philologue : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »

– C’est vrai. L’idée du combat est intéressante. Et la vie m’a appris que j’étais finalement plus solide que je ne le pensais. Mais il ne faut pas confondre épreuve et dégradation. L’anorexie était une épreuve, car il fallait se battre. Ce qui m’est arrivé à 12 ans était une dégradation. Et la dégradation demeure à tout jamais. Elle explique cette fragilité immense qu’il me faut vaincre tous les matins et la nécessité vitale d’écrire qui en résulte. Tous les matins, je dois me battre. Et tous les matins, tout est à recommencer. Car les forces obscures sont toujours en moi.

– Est-ce cela « le secret indicible »que vous avez souvent évoqué sans le nommer ?

– Oui, bien sûr.

– Cette agression sexuelle l’année de vos 12 ans ?

– Qui reste en moi.

– Cela s’appelle un traumatisme.

– Sans doute. Mais j’aime l’idée de dégradation : j’étais un petit soldat à qui on a enlevé ses galons.

(…)

– Tant de femmes ont enfoui en elles le secret d’un viol.

– C’est effroyable. Et, je le pense, générationnel. Dieu sait si j’ai peu parlé de cet épisode, mais chez les gens plus âgés, les réactions ont été ignobles. Subsiste toujours l’idée que la victime est en réalité coupable. Ce n’est pas pour rien que j’ai si mal vécu cette histoire. On me renvoyait une culpabilité que j’ai fini par intégrer. »

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