Le programme court « Les entrepreneurs » vise à mettre en avant l’esprit d’entreprise et à encourager celles et ceux qui hésitent à se lancer. Le module diffusé sur M6 les 3 et 4 janvier 2009 reprend mon témoignage.
A cette occasion, je tiens à saluer et féliciter cette initiative. Seule réserve : il ne faudrait pas tomber dans les discours idéalistes et positifs à l’excès sur l’entrepreneuriat. Lors de la diffusion en avant-première au ministère des finances, j’ai tenu à rappeler cette nécessité. Je voudrais ici revenir sur l’importance de la 2ème chance au travers d’une anecdote.
Rappel des faits :
- En octobre 2004, l’entreprise Visual Friendly SA, que j’ai co-fondée près de cinq ans plus tôt avec trois associés, est placée à ma demande en liquidation judiciaire.
- En novembre 2005, je rebondis en démarrant une activité libérale et ouvre un compte à l’agence Duroc BNP Paribas dans le 7ème arrondissement de Paris.
- En juillet 2007, je fais suivre ce compte à l’agence Commerce à la suite de mon déménagement.
- En octobre, je m’associe en vue de créer la SARL Easylife conseil. Mon associée et moi décidons d’ouvrir un compte à l’agence Commerce BNP Paribas.
- Deux mois après avoir effectué les démarches d’ouverture du compte et après plusieurs relances, nous manifestons vivement notre étonnement de ne pas avoir encore le compte de la SARL à disposition (dans cette attente, nous fonctionnions avec mon compte libéral).
Après un silence inacceptable de la part de notre interlocutrice principale, la directrice de l’agence m’apprend que nous ne pourrons pas ouvrir de compte. Ses propos : « Ce cafouillage n’aurait jamais dû arriver. La politique interne de BNP Paribas ne permet pas d’ouvrir un compte professionnel à des personnes ayant connu une liquidation judiciaire ».
Ironie du sort : le financeur / annonceur du programme court « Les entrepreneurs » est BNP Paribas.
Comble de l’ironie, l’agence Commerce est située non loin de la rue des entrepreneurs (
Ce qui est regrettable dans cette histoire :
- Aucune vérification de cette agence bancaire pour connaître l’état des comptes de nos précédentes entreprises et aucune vérification auprès de la banque de France : nos interlocuteurs auraient vu que nous sommes classés risque 0 à la banque de France et que les liquidations de nos entreprises sont « propres ».
- Un manque de franchise et de capacité à indiquer la politique de la banque : attitude d’autant plus inacceptable que la banque n’éprouvait a contrario aucune difficulté pour recevoir depuis deux ans l’argent de mes clients en libéral.
- Au-delà du cafouillage invraisemblable qui relève plus de la compétence de certaines personnes que de celle d’un réseau d’agences, l’élément le plus grave concerne la politique générale énoncée de refus d’ouverture d’un compte à toute personne ayant connu une liquidation.
Cette anecdote est révélatrice de la perception du risque dans notre pays, de l’acceptation de l’échec, du droit à apprendre et recommencer. Créer et développer son entreprise, c’est aussi rencontrer des difficultés et des moments de découragement, commettre des erreurs, connaître des périodes d’insuccès… Bref, se confronter à tout ce qui au final doit nous renforcer et nous permettre d’avancer plus efficacement par la suite. L’idée générale selon laquelle on apprend plus de ses erreurs que de ses réussites a encore du chemin à parcourir.
Pour résumer cette pensée lors de la projection du programme court à Bercy, en présence notamment de certains dirigeants de BNP Paribas, j’ai évoqué le parallèle entre Roland Garros (sponsorisé par cette banque) et la création d’entreprise : «Lorsqu’une banque refuse l’ouverture d’un compte à un entrepreneur qui a liquidé une entreprise, c’est comme si vous refusiez à un joueur de participer à Roland Garros sous prétexte qu’il a perdu un match avant le tournoi». 1
Souvenir en guise de clin d’œil final :
Lorsque j’étais étudiant, Michel Pébereau –président du CA de BNP Paribas- nous enseignait à Sciences-Po certaines théories dont le concept de « destruction créatrice » dû à Schumpeter (« Les mutations des structures économiques générées par le progrès technique se traduisent par un mouvement simultané de création d’activités nouvelles et de destruction d’activités dépassées »).
Je dirai donc simplement que la création et la fermeture d’entreprises font partie des incontournables de la vie des entreprises. Notre économie gagnerait sans doute à accepter cette idée en accordant plus aisément la 2ème chance aux entrepreneurs.
Merci à Renaud Bouthier, fondateur d’Avenir Santé, pour m’avoir soufflé cette image
Cette tribune libre a été à l’origine du colloque « Entreprendre pour un nouveau départ », organisé le 16 novembre 2009 à l’Assemblée Nationale par le député Louis Giscard d’Estaing en partenariat avec le groupe ESSEC et l’association Re-créer. Placé sous le haut patronage du secrétaire d’Etat Hervé Novelli, ce colloque a abordé notamment les thèmes de l’indicateur dirigeant de la banque de France, la loi de sauvegarde des entreprises, l’intégration des différences au travers de la création d’entreprise, les positions européennes sur ces sujets…
- En savoir plus avec le programme complet du colloque
- Retrouver les extraits écrits des interventions (PDF 312 KO)
- Visionner la vidéo de mon intervention (5min56S)

Les banquiers ne sont pas des entrepreneurs
Très sympa cette tribune, elle rejoint ce que je constate du comportement des banques.
Ils ont tout pour réussir et être des acteurs responsables et engagés du développement économique de notre pays. Ils continuent à se fourvoyer dans la finance internationale, alors même qu’ils devraient soutenir les PME et PMi.
La BNP mériterait une pleine page dans le Monde sur ton anecdote et son programme TV…si certains veulent verser un don … et financer la page … j’en suis !
J’hallucine de l’attitude de la banque à ton égard.
Par ailleurs, que penser de ces banques qui demandent pour un emprunt des assurances avec visite médicale … prise de sang demandée, electrocardiogramme, … un check up pour de l’argent … alors même qu’ils disposent de toutes les grilles de risques. Ils achètent pour cela d’excellentes études sur les risques selon le profil de l’emprunt auprès de société d’actuariat.
Bref, un joli lobby qui sait préserver sa place au soleil sur le dos du simple consommateur et des pme et pmi de France.
Anonyme
La double peine
Échouer n’est jamais chose facile… se voir refuser l’ouverture d’un compte parce qu’on a eu le malheur d’échouer est encore plus difficile… c’est ce que nous pourrions appeler la « double peine de l’entrepreneur » (concernant BNP, sponsor de Roland Garros, j’appellerais cela la double Peine…).
Souvenons-nous de la formidable citation de Roosevelt « Dans la vie il y a bien pire que d’échouer : ne pas avoir essayer » et faisons-en notre leitmotiv professionnel !
Renaud Bouthier, un entrepreneur social (pompeux ça !)
Merci Jérôme pour cette tribune,
qui vient s’ajouter à un nombre incroyable d’histoires d’entrepreneurs malmenés par les banques. C’est malheureusement la règle, que l’on soit un primo-entrepreneur, un entrepreneur ayant déjà réussi ou un entrepreneur ayant connu un échec.
Dans tous les cas, quelque soit la solidité du projet, les soutiens dont on bénéficie, ou le CA déjà réalisé, trouver une banque qui accompagne véritablement l’entrepreneur est un parcours du combattant. A l’heure où ce sont les contribuables qui renflouent les établissements bancaires en faillite et où l’État met tout en œuvre pour encourager l’innovation et soutenir les PME, la moindre des choses serait que les banques s’engagent vraiment aux côtés de ceux qui créent de la richesse et des emplois, et pas seulement en s’offrant des campagnes publicitaires ou en sponsorisant des programmes télévisés de promotion de l’entrepreneuriat !
Marie Georges, une entrepreneuse très heureuse par ailleurs.
Combien de temps encore
Merci Jérôme pour cette tribune, je m’empresse de la faire circuler en me posant la question suivante : combien de temps encore les institutions vont-ils continuer à asphyxier l’esprit d’initiative et ne pas reconnaitre que certains aléas de la vie sont autant de moyens d’apprendre, de construire et de progresser ?
François Goudenove, WebSourd
La difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la difficulté d’entreprendre (Bergson)
J’aime beaucoup cette tribune qui est plutôt politiquement incorrect, ce qui
est appréciable par les temps qui courent!
Une entreprise qui s’arrête, ce n’est pas forcément un échec dans le sens
« un raté ». Cela peut être une conjonction de facteurs, une idée arrivée trop tôt, un manque de soutien etc.. Ce qui m’amène à penser que, encore + qu’une 2ème chance, c’est permettre aux entrepreneurs d’avoir une 3ème, 4ème, 5ème chance…
L’inventeur de l’aspirateur qui porte son nom (si si, vous savez bien, cette marque d’aspirateurs sans sac avec un Monsieur à l’accent so british
, a construit plus de 5000 prototypes avant d’aboutir à la machine finale… C’est donc ce droit, non plus à l’erreur, mais à la persévérance qui est essentiel.
D’autant plus que, en terme de risque, on peut se demander quel est le plus
risqué: prêter 100.000 euros à un entrepreneur ou confier des
centaines de milliards à Kerviel ou Madoff ?
Arnaud Marec