Regard atypique

La façon de percevoir ce qui nous entoure est pour moi la base de toute aventure et de toute création. L’intuition et l’écoute sont des facteurs clefs. Pour les stimuler et favoriser l’innovation, renverser les a priori, voici quelques postures que je m’efforce d’adopter :

  • Observer, questionner et analyser des phénomènes que les autres n’interrogent pas ou ne voient pas
  • Se détacher des éléments extérieurs (apparences, environnement…)
  • Lâcher prise au sens d’ignorer le « Qu’en dira-t-on ? »

Ma cécité devient dès lors une opportunité et un terrain d’expérimentation, y compris là où on l’attend le moins. En voici 3 illustrations :

Spectacle de mimes : mes retours sur « Fin de série » (avec Jean-Claude Cotillard, Alan Boone et Zazie Delem)

Extrait de mes commentaires et reco aux acteurs et metteur en scène de la pièce :
« Très rapidement, la finesse de la gestuelle et de la mise en scène, la qualité du jeu des acteurs se font sentir. Les quelques mots lâchés durant la pièce renforcent à chaque fois avec pertinence le cocasse, voire l’absurde jamais démesuré, des situations vécues par ce couple de vieux. Les visites du 3ème personnage (Alan Boone) sont justes divines et de très très « bonne facture » (clin d’oeil en référence à son rôle) 😉
Côté sonore, la justesse de l’ambiance musicale est complétée à merveille par les rires de la salle.
Bien sûr, pour éviter le comble du comble (un spectacle de mimes vu par une personne aveugle), il faut quelques commentaires (rôle joué à la perfection par mon épouse Corinne).
En terme d’accessoire et de mise en scène, j’avais cru au début qu’il y avait un tiroir sous la table que les deux protagonistes pouvaient tirer chacun de leur côté. Tu peux aisément imaginer que chacun le tire de son côté, une façon supplémentaire de se « tirer la bourre ».»

Notre fille : un cas d’école ?

Faut-il préconiser les tablettes dès l’école primaire ? Avoir un parent handicapé est-il un désavantage pour l’éducation de l’enfant ? Deux questions a priori sans grand rapport. Et pourtant voici de quoi nourrir les spécialistes :
« Depuis ses 4 ans, notre fille aime écrire des mots sur mon téléphone en écoutant la synthèse vocale répéter chaque lettre et chaque mot saisis (une option d’accessibilité disponible dans tout smartphone, Voiceover pour l’Iphone). Une façon ludique et indirecte pour elle d’apprendre à lire et écrire, en ma présence.
Peu après ses 5 ans, nous lui avons « offert » 3 appli Montessori pour dix euros environ et elle s’amuse à compter, écrire et lire quand ça lui chante. En ce moment elle est plutôt dans une phase d’activités manuelles et c’est très bien aussi.
En tout cas, avec un usage modéré de l’écran (20min par jour environ en moyenne) et avec notre présence (proximité sans forcément intervenir), à 5 ans et demi, elle sait compter jusqu’à mille et déchiffre / écrit de plus en plus de mots. Pas du tout une sourdouée, juste l’illustration me semble-t-il que les outils numériques représentent une forme d’apprentissage ludique et capable de répéter inlassablement les mêmes choses. Un apprentissage initié et renforcé ici par l’accessibilité. (…)»

Voir la vidéo de notre fille utilisant Voiceover

Longs métrages : exigence accrue et complémentarité avec les yeux du réalisateur

J’ai participé et participe à l’écriture de longs métrages. La cécité, un atout dans l’appréciation d’un scénario et du jeu des acteurs. Un point de vue paradoxal ? Pas vraiment… L’intuition et l’écoute se trouvent renforcées, favorisant une attention particulière, une sensibilité et un souci du détail là où la performance n’est habituellement pas forcément questionnée. Une exigence accrue en quelque sorte et une complémentarité avec les yeux du réalisateur.
Audacieux ? Farfelu ?
Les pessimistes voient dans les opportunités des difficultés, les optimistes voient dans les difficultés des opportunités » (Churchill)