Pour un véritable droit à l’erreur : passons du savoir théorique au savoir-être.

Le gouvernement a dévoilé ce lundi 27 novembre son projet de loi sur le droit à l’erreur traduisant la volonté d’amorcer un changement de philosophie dans les rapports avec l’administration. Très bien, je m’en réjouis.

La semaine dernière justement, je suis intervenu avec mon associé Guillaume Buffet chez une importante banque française. J’ai noté avec intérêt la démarche promue en interne visant à ce que chaque collaborateur remonte une fois par mois des dysfonctionnements, des sujets d’amélioration auprès de sa hiérarchie. Une démarche « bottom-up » pour reprendre une formule qui ne déplairait pas à notre président 😉 Une démarche considérant chacun comme capable de réfléchir, d’apporter sa pierre à l‘édifice et partant du principe que les « top managers » ne sont pas les seuls à savoir, à avoir raison… Là aussi je me suis réjoui.

Fort de ce terrain fertile, nous avons abordé le droit à l’erreur. Guillaume et moi parlons assez facilement de nos erreurs. Mais là, ça a coincé. Nos interlocuteurs nous ont avoué qu’il est jusqu’à présent impossible de parler des erreurs dans leur entreprise, de les considérer comme une source d’apprentissage, d’expériences desquelles retirer des enseignements. Lors de précédentes conférences dans d’autres secteurs d’activité, mes auditeurs m’avaient déjà remercié d’aborder le sujet du droit à l’erreur. Un sujet tabou.

Pourquoi ? Que se passe-t-il dans nos têtes et celles des responsables pour avoir tant de mal à reconnaître nos erreurs et en tirer profit ?

Une question d’orgueil et d’égo immature ? La peur d’être jugé et (mal) évalué ? La crainte du regard des autres ?

Au-delà de ces paramètres psycho et individuels, je pense avant tout qu’en France, nous sommes une nation de « connaissances » plutôt qu’une nation de « culture ». Voici ce que j’écrivais avec Patrick Blanchet dans notre livre il y a plus de dix ans : « Nous focalisons beaucoup sur les savoirs théoriques et non le savoir-être. La culture pour moi c’est la capacité d’utiliser ses connaissances et de les mettre en pratique au bon moment. Nous sommes une nation de connaissances mais bien souvent totalement inculte parce qu’incapable de donner l’opportunité à ceux qui ont une connaissance de l’exploiter. Les américains et les anglais ne s’y sont pas trompés. Ils reconnaissent la valeur de notre enseignement théorique. Ils offrent à nos étudiants désireux de mettre leurs connaissances en culture de le faire chez eux. »

Dix ans plus tard, je continue à penser que ce passage du savoir théorique au savoir-être est indispensable pour que le droit à l’erreur devienne une réalité.

Mon prof de marketing aux Etats-Unis m’avait dit : « Si un jour tu fais des conférences, parle avant tout de tes erreurs. On apprend plus ainsi. » Je souhaite que ce type de conseil devienne une évidence.

#citationdulundi

One thought on “Pour un véritable droit à l’erreur : passons du savoir théorique au savoir-être.

  1. Merci Jérôme pour ce partage.
    Pourquoi parler de ce droit à l’erreur maintenant ? Qu’est-ce qui change – ou a changé – dans notre société ? Pourquoi les générations Y ou Z seraient-elles plus ouvertes à accepter l’erreur que les nôtres (j’ai 49 ans).
    Certainement beaucoup d’éléments d’explications. Certainement un des résultats de la « mondialisation » qui malgré sa cohorte d’effets négatifs souvent mis en avant permet aussi un brassage culturel – par exemple entre culture anglo-saxonne et latine. Brassage qui rend cette « culture » de l’erreur très présente aux Etats-Unis plus acceptable pour nous.

    Mais je retiendrai une autre piste d’explication.
    Ces générations montantes sont aussi les générations « numériques ». Celles qui ont grandi avec le « code ».
    Avez-vous déjà codé ? Avez-vous déjà constaté qu’une ligne de code ne fonctionne pour ainsi dire jamais du premier coup ? Savez-vous que pour un développeur, l’erreur est donc intimement liée à l’identification de la solution. Elle est même indispensable à la résolution d’un « problème » ?

    Dès lors, après plus de 20 ans de génération web qui a vu le code « open » se développer et se partager, avant de s’inviter dans les organisations internationales, la gouvernance voire parfois la politique. Après 20 ans, donc, l’erreur a été apprivoisée.
    Mais pas encore par tous. Et c’est là le « problème ». La plus grande erreur de nombreux dirigeants est donc certainement de ne pas savoir reconnaître les leurs. Pour progresser.

    Guillaume

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